à la Une

Un menu ensoleillé mexicain

Avec l’arrivée de l’hiver à Lima et ses centaines de tons de gris comme il en existe nulle part ailleurs, j’avais besoin de soleil, de douceurs culinaires qui rappellent l’été, de vibrations qui poussent à danser sur la table du salon ou devant son miroir (plus probable) ou pourquoi pas des mariachis qui viendraient s’inviter à notre table ?. Alors pour re-créer une ambiance qui est partie, rien de mieux que la ré-inventer en se plongeant dans les souvenirs de Méxiiiiiiiicoooooo !!

Je vous ai donc concocté un repas ensoleillé tout droit venu du Mexique pour fêter l’arrivée du soleil en France et retenir celui de Lima.

Réserve naturelle, San Miguel de Allende, Mexique, 2016

Au menu : guacamole, bière façon « Michelada ou Chelada », quesadillas fromage/poulet et petite salade de saison

C’est LE menu de la joie et de la bonne humeur par excellence, à partager en terrasse entre copains ou en famille. Il est rapide et très simple à réaliser, pratique pour les journées chaudes d’été lorsqu’on ne pense qu’à écourter son temps derrière les fourneaux.

Alors, un menu mexicain c’est bon, ça sent le soleil mais c’est avant tout une ambiance. Donc, on commence déjà par lancer une bonne playlist qui vous mette en joie (pour cela les mexicains sont très très forts, je vous propose quelques titres locaux à découvrir en fin de billet). Ensuite, on sort une bonne bière bien fraîche du frigo. Et on commence l’apéritif à l’air libre ou avec les fenêtres ouvertes.

Au détour d’une rue, Ville de Bernal, Mexique, 2015 

La bière façon « Chelada » ou « Michelada » 

Un apéritif ordinaire au soleil, Villa del Bravo, Mexique, 2016

Une bière bien fraîche – Jus d’un citron vert – Sel ou piment

Dans une assiette plate, déposez une petite quantité de sel ou de piment (selon votre goût). Mettez un peu de jus de citron sur le rebord du verre, puis le retourner dans le sel ou le piment de façon à cela colle bien sur le rebord. Puis ajoutez un peu de piment ou de sel au fond du verre. Puis, versez le reste du jus de citron. Faites couler la bière comme à l’accoutumée. Dégustez. Râfraichissant non ? Je suis tombée complètement fan de cette recette typique qui relève particulièrement le goût original de la bière.

Le guacamole  (pour 4 personnes)

3/4 gros avocats bien mûrs – 2 citrons verts – 1 oignon blanc – 1 pincée de piment – 15 petites tomates cerises – 1 bouquet de coriandre – 1 pincée de sel – 1 sachet de tortillas

Coupez grossièrement en dés les avocats et les tomates. Hachez finement l’oignon. Ajoutez le jus des citrons verts, la pincée de piment et de sel. Mélangez dé-li-ca-te-ment le tout SANS écraser les dés d’avocats SVP (c’est comme couper des spaghettis : sacrilège ! ). Ajustez votre préparation à votre goût (plus de sel, plus d’oignon, pas de piment etc) et dégustez avec des tortillas. Ca y est ! México est vraiment chez vous.

Quesadillas fromage/poulet

La tortilla de mais constitue l’aliment traditionnel des mexicains. Pour la petite histoire, Herman Cortès appelait gâteaux de mais ces sortes de crêpes à base de pâte sans levain et cuitent sur une plaque en fonte. Dans certaines régions du Mexique la pâte est bleue. Comme le pain pour les français, il est difficile pour un mexicain d’imaginer un repas sans tortilla. Les quesadillas sont des tortillas chaudes, garnies de fromage, de poulet et d’avocat.

Comme à la maison, México D.F, Mexique, 2015 

Mélangez dans un saladier 200 grammes de farine de blé et 200 grammes de mais. Ajoutez de l’eau jusqu’à obtenir une pâte élastique. Pêtrissez la pâte pendant 5 minutes. Laissez reposer pendant 20 minutes et faites-en des boules. Si vous n’avez pas d’appareil en fonte comme les mexicains, aplatissez la pâte comme une crêpe à l’aide d’un rouleau à pâtisserie et les faire cuire dans une poêle bien chaude avec un peu d’huile.

Disposez le fromage, poulet et avocat (et autres ingrédients selon vos envies) dans la tortilla puis fermez-la en deux. Servez avec du citron vert.

La salade de saison (4 personnes)

8 tomates – 2 oignons – 1 bouquet de coriandre – 2 citrons vert

Coupez les tomates et les oignons en dés dans un saladier. Ciselez le bouquet de coriandre et ajoutez-le à la préparation. Attendez ! Attendez ! Je vous vois venir. Il ne suffit pas de mettre trois brindillettes de coriandre sur le sommet des tomates hein ! Soyez généreux avec la coriandre. Assaisonnez avec le jus du citron vert et du sel. Très léger et frais pour accompagner les quesadillas.

Bon appétit  !

 

Et, comme promis, quelques titres tout droit venus de México :

Banda mexicaine : Julión Alvarez « Y ási fue« https://www.youtube.com/watch?v=We_G8RdJ0Qs

Mariachis : Une petite compilation avec les titres les plus connus https://www.youtube.com/watch?v=IDLi-d3P24k

Groupe local à la mode :

Los Àngeles Azules, « Mis sentimientos »https://www.youtube.com/watch?v=BokdSWC2R68 « Toma que toma » : https://www.youtube.com/watch?v=C6c8Kvn3nKM

 

 

 

 

 

 

à la Une

4 jours dans la Cordillère des Andes

Voilà un petit moment que je n’ai pas posté d’articles et je compte bien me rattraper ! Car des choses, j’en ai à vous raconter ! L’autre soir, mon esprit vagabondait comme toujours et je me suis demandée comment je pouvais encore supporter (oui jusqu’à là) de ne pas vous avoir raconté notre voyage en Cordillère des Andes. LA COR-DI-LLÈRE DES AAAAANNDES, çà fait de suite chic je trouve, un petit chic outre-Atlantique, qui s’impose de tout son nom, avec un écho très nature, un tantinet aventureux quand même. Ses plus hauts sommets culminent à plus de 6000 mètres. Située à cent kilomètres de la côte pacifique et longue de 180 km, la Cordillère des Andes est la barrière naturelle entre la côte désertique et le bassin amazonien. Le décor est planté, je vous y embarque.

Notre couple d’amis péruviens nous rejoignait pour partir avec notre voiture. Les sacs déposés dans le coffre, les bouteilles d’eau à l’avant, on était prêts pour 7 heures de trajet.

On démarre. La route du Nord est embouteillée. Après près de deux heures pour sortir de Lima et emprunter la Panamérica (une nationale traversant le Chili et le Pérou), nous longeons la côte Nord du Pérou. C’est le désert. Un désert un peu inhospitalier avec un Rien dominant sinon deux ou trois maisons de bois jonchées dans le sable.

Si, d’un coup, là s’étendent certains bidonvilles.

Puis, ce Rien, à nouveau. Le chauffeur 1 fatigue. Ici, pas d’aire d’autoroute mais nous nous arrêtons dans un restaurant local. Il y’a un monde fou. C’est dimanche et toutes les familles des environs s’y réunissent. Après un bon repas englouti, nous reprenons la route avec Chauffeur 2 qui prend le relais. Nous ne tardons pas trop, il nous reste encore 5 heures de route.

Nous bifurquons sur la droite et nous nous attaquons à la montagne. On passe des cols à plus de 5 000 mètres d’altitude sans avoir l’impression de se trouver à cette hauteur. On est sur l’Altiplano, c’est-à-dire un grand plateau en altitude. Dans la voiture, l’ambiance est à la mastication de feuilles de coca pour éviter le soroche (le mal d’altitude).

Après de longues heures, nous arrivons enfin à destination, dans la ville de Huaraz et rejoignons notre hôtel. L’hôtel est plutôt charmant. Au fond de la cour centrale, il y a des cages de cuyes, des cochons d’Inde vivants qui ne le seront certainement plus dans quelques heures et servis dans les assiettes. Le cochon d’Inde est une spécialité culinaire des Andes.

Il paraîtrait que leur viande est saine et faible en cholestérol, se nourrissant essentiellement d’herbes. Les amitiés échangées avec ces derniers, on part ensuite réserver notre bus au centre ville pour le lendemain.

Le lendemain, après une bonne nuit de sommeil et un petit déj’ pris à la hâte dans une boulangerie blindée, nous nous pointons au lieu de rendez-vous pour prendre le bus. Le « responsable des opérations » nous met dans un bus. Puis, non, finalement, dans un autre. On attend. On attend encore, longtemps si bien qu’au bout d’une demi-heure, les passagers descendent chacun à leur tour pour se ravitailler ou faire ses petites affaires. En fait, on attend que le bus se remplisse. Il manque plus que deux personnes. Après une heure d’attente, le bus est enfin rempli. Le guide n’a plus de place. Tampis. Il restera debout. On démarre. Enfin.

Passé deux ou trois cols, le guide nous souhaite la bienvenue et nous indique que l’on se trouve dans la Cordillère Blanche. Il n’a pas l’air d’en savoir plus. Sa tête laisse penser qu’il était guère d’imaginer qu’il serait guide ce matin en se levant. On s’arrête en chemin pour prendre une caisse en plastique afin qu’il puisse s’asseoir et profiter du voyage.

Les paysages sont magnifiques. Les couleurs des montagnes sont douces et les rayons du soleil qui apparaissent par intermittence viennent griller les herbes sauvages. On fait une première halte au niveau d’un lac.

Le froid est saisissant, ce qui nous empresse d’acheter un maté de coca (thé). Les jambes dégourdies, les photos prises et le grand bol d’air inspiré, nous reprenons la route. Tout est époustouflant. Une immensité dont nos sens peinent à tout saisir.

La seconde étape est la visite du site archéologique « Chavín de Huántar ». Chavín est situé à 3200 mètres d’altitude environ. Le guide nous donne quelques brèves informations qu’on ne tardera pas à remettre en question. Il ne fallait pas écouter les guides voisins donner des explications complètement contradictoires aux nôtres. Un centre spirituel, une place de marché ? Qu’est-ce qu’est Chavín alors ?. Après une heure et demi à chopper des informations par-ci, par là, nous réussisons enfin à savoir quelque chose de ce site historique.

Chavin de Huantar était le lieu des grands prêtres ainsi qu’un centre de pèlerinage accueillant des populations de différentes latitudes et parlant diverses langues. Il est peu à peu devenu un important point de convergence idéologique, culturelle et religieuse sur un vaste territoire du Pérou et au-delà. On apprend qu’il fut initialement construit par la civilisation  de Chavín, une culture pré-Moche  (le nom de la culture) aux environs de 900 av J.-C et découvert par l’archéologue péruvien Julio Tello. 

(Crédits Photo du site Chavín : Inden Inca Tours)

Ses dédales de corridors, ses obélisques aux formes anthropomorphiques, son système hydraulique hors-pair qu’on ne parvient pas à reproduire aujourd’hui, ses passages cachés, ses pratiques autour du Cactus San Pedro font de ce lieu est un site mystique et unique en son genre.

L’inspiration artistique anthropomorphique leur venait très certainement des effets hallucinogènes de ce Cactus San Pedro.

 

Par exemple, les murs sont ornés de têtes-tenons décrivant la transformation des chamans après l’ingestion de cette mixture. Elles sont dotées de museaux proéminents et de crocs, de serpent enroulés tenant lieu de cheveux et de moustaches. Aussi, le Lanzon est une figure anthropomorphe, à tête féline et corps humain. Il est tourné vers le soleil levant, à des yeux globuleux, une imposante gueule pourvue de crocs, des cheveux transformés en serpents et des mains pourvues de griffes.

Ce site est pour moi un incontournable. Après une heure de visite, retour au bercail. En bus. De nuit. Après une bonne journée bien chargée, on compte bien se reposer un peu et profiter du trajet pour dormir. Le ciel est étoilé comme jamais, ne laissant presque aucun vide de béant. C’est magnifique et nous restons subjugués pendant de longues minutes. Le bus se met à ralentir. Il ralentit beaucoup, petit à petit à deux doigts de s’éteindre en pleine côte. Inquiète, je lui demande ce qu’il se passe et me répond que le moteur a froid. Le moteur a froid, le conducteur a le pied a fond sur l’accélérateur, et nous sommes à 10km/h. Faut attendre la descente me dit-il, çà ira mieux. Voilà, il ne fallait pas s’inquiéter et nous continuons à admirer ce ciel étoilé en espérant quand même trouver en lui une source d’apaisement.

Le lendemain, nous reprenons un bus pour faire, cette fois-ci la région des lacs. Sur le chemin, nous nous arrêtons à Caral, dans un village qui, il y a quelques années, a complètement disparu sous l’effet d’un séisme qui a décroché une partie de la montagne et enseveli le village. Passer ici et savoir la présence de milliers de morts sous la terre nous a fait froid dans le dos. En mémoire, certains habitants du village y organisent ainsi des visites touristiques en montrant des photos d’avant.

Après deux heures sur des routes étroites et sinueuses, tutoyant avec aisance le ravin, nous arrivons à la Lagune Llanganuco. Elle est d’origine glacière, située dans une vallée étroite et bordée par les sommets des monts Huandoy et Huascaran(6768 m). Son intense couleur vert turquoise et ses denses forets de queñual qui poussent aux alentours font souvent parler d’elle. On décide de prendre une barque pour y faire le tour du lac.

 

Le dernier jour sera consacré à la route de retour vers Lima, avec un petit plaisir : la dégustation du Chancho al Palo pour reprendre des forces.

A très vite pour de nouveaux périples petits lecteurs !

 

 

 

 

J’ai testé pour vous au Pérou : le SlackLine

 As-tu déjà entendu parler du Slackline ?

Le Slackline est une activité qui consiste à marcher, sauter et faire des figures sur une sangle tendue entre deux points d’ancrage, tout en gardant l’équilibre. 

Le Slackline aurait été inventé en Californie en 1960 dans la Vallée de Yosémite. Ce sont des grimpeurs, qui, lorsque la pluie les empêchait de s’adonner à leurs activités, tuaient le temps en marchant sur des cordes ou des chaînes. Ils commencèrent à apporter leur propre matériel et les suspendre au dessus de la vallée. En réalité, chaque pays se proclame l’inventeur de la pratique. On sait tous bien que le Slackline est un peu Péruvien, un peu Argentin … Un peu tout. Le Slackline est au fond un peu celui de chacun et partagé de tous.

Alors comment marcher sur un fil ?

« C’est simple ! » me répond le péruvien. « Tu fais confiance en ton sixième sens, en ton intuition. Quand tu fermes les yeux et que tu essaies de rejoindre tes doigts, tu ne te loupes pas de beaucoup si ? Bon, beh là c’est pareil mais avec tes pieds ! Il faut que tu visualises l’objectif en te concentrant dessus, ne jamais le perdre de vue ».

Pour la posture, voici les 5 essentiels :

  • Fixer son regard en visualisant un point imaginaire situé à l’autre bout de la sangle. En plus d’aider à maintenir une posture droite, cela favorise la concentration ainsi que la motivation et la détermination
  • Placer les pieds dans l’axe. Il faut optimiser l’espace de la sangle qui n’est déjà pas très large en plaçant les pieds bien droits, l’un devant l’autre. On peut être chaussés en baskets ou bien pratiquer pieds nus. Pour ma part, j’ai préféré commencer pieds nus pour mieux sentir ma prise.
  • Lever les coudes au-dessus des épaules et les mains en l’air. Les bras doivent être souples, légers, et très mobiles.
  • Maintenir les jambes fléchies
  • RES-PI-RER : La respiration est responsable de tous les mouvements et de l’équilibre sur la sangle.

Et maintenant ? Beh faut avancer !

Pose un premier pied sur la sangle puis l’autre, comme si tu montais une marche. Pour commencer, tu peux monter le premier pied, puis le deuxième et redescendre de l’autre côté et ainsi de suite sur toute la sangle. Lorsque tu te sens plus confiant(e), marche un pied devant l’autre en gardant les jambes fléchies et en faisant ce mouvement de balancier avec les bras. Les bras doivent être légers comme l’air et s’adapter aux mouvements de ton corps. Si ton corps penche à droite, bascule tes bras sur la gauche pour rattraper ton équilibre. Ne jamais baisser les bras donc (petit message subliminal). Respire tout en gardant ton point fixe.

Après une heure de pratique, on commence déjà à progresser. Pour commencer, c’est préférable de demander l’aide de quelqu’un qui placera sa main entre les deux omoplates.

Toute la question réside dans le fait d’accepter de perdre l’équilibre de son corps tout en se concentrant sur son équilibre intérieur. « Aligne -toi » de l’intérieur » poursuit-il ! « Heu oui, alors çà on fait comment ? » « Tu vas trouver, ne t’inquiète pas, çà va venir au bout d’un moment ». « Mais la corde elle bouge beaucoup trop là !!! « Ce n’est pas la corde qui bouge, c’est toi. Tranquillise toi, respire et tu verras la corde ne bougera plus ». Véridique. Plus on est concentré(e) et tranquille, plus la corde se stabilise.

Le résultat après quelques années de pratique est assez spectaculaire :

En Bref : 

J’ai été complètement séduite par cette activité aux multiples bénéfices tant pour le corps que l’esprit ! On travaille en douceur toutes les parties du corps : les bras, les abdomens, les jambes, les fessiers. Le Slackline nous apprend à connaître son corps, à mieux le maîtriser, à se stabiliser, se centrer, se tranquilliser, à ne penser à rien d’autre sinon à l’idée d’arriver au but. Le Slackline a un côté très « méditatif » que j’aime beaucoup. On laisse toutes nos pensées d’un côté et on se concentre sur le moment présent pour composer avec notre corps.

Le Slackline se pratique partout mais c’est surtout une activité de plein air.

Le Slackline est une pratique très évolutive : on peut marcher, sauter, faire des figures, faire des battles et des poursuites à deux, des postures de yoga, marcher en arrière, les yeux bandés, avec un verre de vin à la main (?), faire évoluer la difficulté avec la flexibilité de la sangle, sa hauteur … On ne s’ennuie jamais !

Le Slackline est une pratique conviviale :

On installe la ou les sangles à plusieurs, on teste sur les sangles des uns et des autres, on s’entraide et s’entraîne ensemble. Au Pérou, le Slackline c’est vraiment bonne ambiance !

C’est l’activité idéale à pratiquer pour lâcher la pression après le travail, partager des moments avec ses amis et en famille. Le Slackline est aussi très recommandé pour les seniors !

Et toi, petit lecteur, convaincu ?

 

 

La France vue par des péruviens

Interview avec Juan Carlos et Fiorella, tous deux péruviens de 28 ans, en couple depuis 7 ans, et une expatriation en France à leur compteur. Retour sur leur expérience.

Juan Carlos et Fiorella, racontez-moi votre parcours. 

Juan Carlos (JC) : Je suis né à Lima et j’ai suivi toute ma scolarité au Lycée Franco-péruvien, de la maternelle jusqu’au lycée. Je suis ensuite parti en France, à Paris, pour y faire des études d’ingénieur.

Fiorella (F) : Je suis aussi née à Lima et j’ai également été scolarisée depuis toute petite au Lycée français. Avec ma famille, nous avons surtout vécu en dehors du Pérou : Argentine, Brésil et Suisse. Puis, je suis partie en France pour faire des études de droit international à Paris en même temps que Juan Carlos. Entre temps, nous sommes tombés amoureux, pas sous la Tour Eiffel, c’est quand même ringard (rires). Nous sommes rentrés au Pérou il y a trois ans et nous comptons bien nous installer pour de bon ici. Nous allons nous marier dans un mois.

Qu’est-ce qui vous a le plus amusé en arrivant en France ? 

JC : Mon minuscule appartement de 9m2. J’avais une table : c’était à la fois mon bureau,  ma table pour manger, et ma planche à découper. Quand j’ouvrais l’armoire par exemple, je ne pouvais pas passer de l’autre côté. Parfois, on faisait des soirées. On était beaucoup. Beaucoup trop. Ah oui aussi ! Les oiseaux là-bas ils sont bizarres. J’avais mis mon jus d’orange sur le rebord de la fenêtre parce que je n’avais pas de frigo dans ma chambre. Trop petit. Et le lendemain, l’oiseau avait tout percé. J’avais plus de jus d’orange ! Ils sont fous les oiseaux là-bas ! Je me rappelle, c’était un merle, je crois. Çà se dit bien comme çà ? (rires)

F : Tout le monde souffle. Par exemple, les gens qui font la queue à la Poste ou à la banque soufflent, dans le métro aussi les gens soufflent. En fait, ils soufflent tout le temps. Et au début, je me demandais pourquoi ils faisaient un truc bizarre avec leur bouche en ajoutant toujours « Olala ». J’ai compris qu’ils étaient super impatients et qu’ils l’étaient très souvent. Mais, je n’ai jamais compris pourquoi ils le sont. Nous, on attend tout le temps, parfois sans savoir pourquoi, et çà ne nous dérange pas !

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé ? 

JC : Là où j’ai été le plus frappé c’était à la caisse des supermarchés. Tu fais tes courses et là la caissière t’envoie toutes tes marchandises comme si elle voulait que tu sortes sur-le-champ, du genre pour te dire « allez monsieur, on dégage ». La première fois, j’ai vu arriver une déferlante de marchandises sans savoir quoi faire parce qu’au Pérou, il y a toujours quelqu’un pour te mettre tes courses dans les sacs en plastique. Et je me suis mis à paniquer quand j’ai demandé des sacs en plastique et qu’on m’a répondu qu’il y en avait pas parce que c’est plus écologique.

F : Les français ne parlent pas du tout de leurs opinions politiques. Une fois, j’avais demandé à des amis « pour qui tu votes ? » et ils m’ont regardé ébahis. Ils ne m’ont d’ailleurs même pas répondu. J’ai senti que cela les gênait de me répondre. Au Pérou, tout le monde se demande pour qui on vote et encore plus lorsqu’on est amis. On pose même la question à notre coiffeuse, au marchand de fruits et légumes, au taxi. Et çà devient comme un challenge où chacun essaie de convaincre l’autre parce que le but c’est quand même que le candidat que tu souhaites soit élu, non ?

Qu’est-ce que vous avez le moins aimé de votre expérience ? 

JC : Bein, en France, j’étais pauvre. Alors je mangeais au RU (Restaurant Universitaire) mais la boisson n’était même pas comprise. Si on voulais un jus, fallait se le payer. Ou alors fallait boire de l’eau. Au Pérou, il existe des menus pour 3 euros et tu as une entrée, un plat et une boisson. C’est aussi un peu pour çà qu’on a choisi de rentrer au Pérou pour avoir un meilleur confort de vie.

F : En France, il y a beaucoup de gens qui se mettent une pression dingue et se mettent des barrières pour tout. Faut pas !

Qu’est-ce que vous avez le plus apprécié ? 

JC : Les Kebabs. J’en ai goûté à toutes les sauces mais celle que je préfère c’est la sauce samouraï (dit-il en roulant le r). J’en ai gouté partout mais celui que je préfère c’est celui qui faisait le coin de ma rue, il était pas cher. Je rêve de revenir en France pour manger un kebab.

F : Les français car ils se posent toujours trente-six mille questions. Ils partent de l’idée qu’il y a toujours quelque chose à améliorer. J’aime bien cette mentalité.

 

 

 

Un cours de salsa atypique à Lima

Je me lance. C’est marqué. 3ème point de ma to-do list. Depuis … deux ans de vie en Amérique Latine.

Je ferme la porte de mon appartement à double tour, appelle l’ascenseur du 12ème étage, salue le gardien de l’immeuble par un signe de tête discret, pousse la porte de l’entrée principale. Dehors, l’air doux piqué d’effluves de mer vient me caresser la peau. Dans le jour tombant, on peut encore deviner le sommet des grands édifices d’acier et de béton qui embrassent le parc central. Il est 18h30. C’est l’heure de la débauche. Les portes automatiques des garages souterrains recommencent leur activité après être restées de marbre toute une journée.  Au travers des vitres teintées des voitures, je perçois à leur bord, la tête de conducteurs impatients de rentrer, après des heures interminables passées dans les embouteillages. Les klaxons de l’avenue principale, à trois rues d’ici, se font d’ailleurs de plus en plus répétés contrastant avec le calme régnant de cet îlot, encore préservé du chaos ambiant.

Je prolonge l’allée de la falaise grise et abrupte qui borde la ville de Lima sur des kilomètres. Des promeneurs au rythme ralenti par la douceur de ce soir d’été, se font devancer par quelques joggers, chrono en main, en quête de nouveaux records. L’avenue est bordée par des aires verdoyantes bien agréables expliquant la présence de nombreux couples qui s’adonnent à des baisers langoureux et interminables, à d’autres réalisant des clips vidéos, chantant la main sur le torse, voire à la mascarade des chiens de compagnie qui se courent après. Tout ce petit monde se côtoie dans une harmonie à peine dissimulée.

Le soleil se consume petit à petit ne laissant à présent plus qu’un film violacé à l’horizon.  Je m’engage sur la rue Los piños sur ma gauche. Au loin, j’aperçois les lanternes publiques de la place centrale de Barranco, le quartier bohème de Lima. Je traverse le Pont des Soupirs donnant sur une rue pavée avec deux ou trois bars d’ambiance où déjà quelques rencards ont lieu sur les terrasses. Je jette un coup d’oeil à mon GPS qui m’indique de tourner à droite. Je m’avance dans une rue sombre qui ne me donne pas franchement l’envie d’y rester. Pressée d’arriver, je porte attention au numéro de porte. 291. J’y suis. Face au « Salsa Club del Perú » (Club de Salsa du Pérou).

Le Salsa Club del Perú a semblé privilégier les néons blancs aux lumières surannées, a troqué les vieilles pancartes vintage pour un large panneau lumineux rouge et blanc, beaucoup plus moderne, aux couleurs du pays, clignotant tout ce qu’il peut pour signaler la présence du Club.

Derrières de grandes portes vitrées, des personnes s’affairent déjà aux grosses machines. J’hésite à passer le pas de porte tandis qu’un homme d’une vingtaine d’années, au cou rétréci par l’épaisseur de ses épaules, m’invite à rentrer. Je le suis, perturbée. Au bureau de l’accueil, deux réceptionnistes, jointes par les coudes tant le bureau est petit, effacées derrière leurs piles de papiers, se marrent de leurs dernières anecdotes. Monsieur Gros-muscles-et-cou-rétréci s’empresse de trouver une chaise pour me faire asseoir, le talkie walkie à la main. Au bout de 10 minutes, il m’installe et hausse la voix :

« Bon alors, ma petite dame, t’as quel âge ? », crie t-il pour faire front à la musique reggaeton sortant des enceintes.

« 27 ans »

« Tu viens d’où ? »

« Je suis française »

« Ah ouaiiiiiis ! Super, çà ! Depuis combien de temps tu vis ici ? »

« 5 mois »

«  Et alors çà va bien à Lima ? »

« Çà va, çà va»

« T’aime bien la cuisine d’ici ? », me demande t-il déjà fier de la réponse que je vais lui donner

« Délicieuse »

« Bon alors, qu’est-ce qui t’emmène ? »

« Je voudrais faire de la danse »

« Attend, attend ma petite dame, pas si vite ! C’est quoi tes objectifs ?

« Mes objectifs ? »

« Tu veux perdre du poids ? »

« Non, non, pas du tout »

« Bon ok, çà marche aussi. Bon alors, nous on a plusieurs packs selon le nombre de cours. Mais, je te conseille vraiment CE pack à 200 soles, pointant du doigt la cellule de son tableau imprimé, car t’es accompagnée par un coach qui fait le point avec toi une première fois et un nutritionniste de « haute qualité » sur ton alimentation.

Alors c’est ok ? »

«Mais, pour la danse, çà se passe comment ? »

« Pareil, ma petite Dame. Viens, je t’amène».

Nous ressortons de l’immeuble, cédant le pas Mr. Gros-muscles-et-cou-rétréci qui me fait signe d’avancer. Pas de temps à perdre.

« Nos cours de danse sont juste là. Tu vois le panneau là-bas? ». En forçant sur ma vue et avec tous les efforts du monde, je ne le voyais pas.

« Mais, le cours de danse, il est où ? »

« Juste là. Au bout de la rue ».

N°291, N°257, N°225, N°201.

Cet immeuble-ci n’avait carrément plus de peinture tant il était défraîchi.

« Bon, et donc là, attend, si je me souviens bien c’est au … 7 ème étage ».

7ème étage, le souffle en berne, je rentre dans la salle. La salle vieillissante est revêtue d’un parquet à bois clair. Les fenêtres donnant sur la rue n’ont pas été nettoyées depuis des lustres. Les élèves ne sont pas non plus de première fraîcheur mais s’entretiennent . Elles portent des collants stretching hauts-en-couleur. Il y a une estrade au centre pour le professeur, qui prend la moitié de l’espace, exposé tel un bijou de luxe dans une boîte en carton. Je pars me changer aux vestiaires : une salle de bain aux murs carrelés d’un vert pomme éclatant. Les rires vont bon train entre élèves qui se racontent les dernières nouvelles. Je me change rapidement et rejoint la salle.

L’heure tourne, le cours devrait commencer à 19 heures.

19 heures 10, les élèves sortent du vestiaire et se placent dans la salle tout en continuant les conversations. Chacun a une place qui lui a été précédemment désignée à la réception, c’est-à-dire, rappelez-vous, à l’autre bout de la rue. L’organisation, c’est important. 19H15, une jeune fille de l’administration vient nous annoncer que le professeur sera en retard. Les conversations entre élèves reprennent de plus belle. 19h30 : entrée magistrale dudit professeur dont le « holàaaaaaaa chicaaaaaaaaas » réveillent celles qui commençaient déjà à pointer du nez. Le professeur a de longs et épais cheveux noirs relevés en queue de cheval culminant en haut de son crâne, une bouche des plus pulpeuses qui m’effraie un peu, des ongles vernis à la perfection et des fesses si bombées qu’il ne m’étonnerait pas que ce soit, sans trop m’avancer, le travail de coaching de Monsieur-Gros-Muscles et cou-rétréci ou encore l’effet d’une coque de fesses pour les bomber.

 « Les filles, çà va chauffer ! ».

Elle commence à faire des mouvements de bras d’un côté puis de l’autre, puis à lancer les jambes dans tous les sens. C’est l’échauffement, paraît-il. Habituée à faire du sport, je ne me sens pas trop perdue. Au bout de cinq minutes, la tendance semble s’inverser. Les mouvements ne sont pourtant pas bien compliqués mais tout réside dans le déhanché et les mouvements du bassin. La salsa pour laquelle j’étais venue s’avère être une salsa fitness. Les élèves dansent seules, ont le sourire aux lèvres, lancent un « heyyyyy » à chaque fin d’enchaînement pour se motiver. D’ailleurs, un nouvel enchaînement démarre. Je viens à peine de finir le précédant. Les élèves semblent avoir fait çà toute leur vie, tant les mouvements leur sont aisés et amples.

Après une demi-heure de grande observation, de petits essais, de lancés de jambes décousus dans le vide, de coups de hanche définitivement mal placés, je me sens comme un pantin en bout de course. Je ne suis d’ailleurs pas la seule à le remarquer. Une petite vieille dame s’approche et me conseille tout bas : « Le problème c’est tes fesses, il faut que tu te déhanches. VRAIMENT. Comme çà », mimant deux ou trois fois le « fameux » petit balancé de fessiers.

Ça vaudra pour le prochain cours, si l’idée me prend d’y revenir. Pas sûr, je vous l’avoue. Néanmoins, le challenge d’assister à un cours de salsa est relevé au « Salsa Club del Perú ». Je peux effacer le 3ème point de ma to-do list et passer définitivement à autre chose.

L’Amazonie au coeur d’un bidonville

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. On m’avait lancé un « ça te dit de voir un marché artisanal ?  » enjoué auquel j’avais rétorqué un « d’accord » d’un ton à la fois gai et intrigué.

Depuis que je vis en Amérique Latine, j’ai pris l’habitude de dire « oui », de penser « on verra bien », en sachant que rien ne se passera comme je l’avais imaginé. Dans le meilleur, comme dans le pire. Les détails donnés étant généralement assez superflus dans ce pays-aventure et les gens ne les connaissant pas souvent eux-mêmes, je me suis convaincue que cela ne servait pas à grand chose d’en avoir si ce n’est de rassurer l’esprit cartésien d’européen qui sommeille en moi.

Donc c’était tout vu : « oui, on y va » pensant « on verra bien ».

Arrivée depuis peu à Lima, je voulais découvrir des choses inédites, celles de l’ordinaire extraordinaire. Quelques temps auparavant, je m’étais rapprochée d’une association dans l’objectif de découvrir de plus près des projets innovants dans un pays où le système D prévaut. Intégrée comme volontaire, je recevais donc régulièrement les actualités de l’association lorsque je reçus cette invitation.

C’était l’heure. Je devais rejoindre le groupe de volontaires devant la Cathédrale de Lima,  à 10 kilomètres au nord de chez moi. 10 kilomètres, 1 heure de TTB* (Trajet-Trafic-Bonheur) en taxi. Je me prépare à la hâte, prend des galettes de maca que je mangerai en route, salue le gardien de l’immeuble, appelle un taxi sur l’application de mon téléphone. C’est l’hiver. Il fait 15 degrés. Le ciel est couvert. La brume est dense et se meut tel un fantôme imaginaire en laissant dernière elle de long filaments cotonneux; Je devine à peine les immeubles d’en face. Mon taxi est là. C’est bon, la tête du chauffeur est bien conforme à la photo de l’application. À un détail près : il a une dent en moins. J’ai aussi appris depuis que je suis ici à moins me formaliser.

Après donc une heure de discussion avec Monsieur le Taxi autour de l’impact écologique et économique que représente le guano, un composé d’excréments d’oiseaux marins, le tout sur un fond musical latino, j’arrive enfin sur le parvis de la cathédrale où personne n’est encore arrivé. Les volontaires ayant pris visiblement eux aussi le rythme local, débarquent au compte-goutte. Au bout d’une heure, le groupe est au complet. Nous nous départagerons et prenons un taxi à la volée. Je n’avais pas de détails sur l’organisation mais je n’imaginais pas que le marché était si loin.

Taxi. TTB*. Klaxons. Arrêt. Frein à main. « Messieurs-Dames, vous êtes arrivés ».

C’est donc d’une façon relativement ordinaire, vous l’aurez compris, que nous déboulons au deuxième point de rencontre : une station-service qui n’en est plus une, à Cantagallo, un quartier de Lima coincé entre la voie rapide la plus chaotique du Pérou et les collines de sable surpeuplées. Nous attendons d’autres personnes que je n’ai jamais vues. Peu à peu, nous formons un groupe d’une vingtaine de personnes.

Nous traversons ensemble un marché aux fleurs ouvert dont les couleurs vives viennent raviver celles défraîchies des maisons environnantes. Les commerçants nous regardent avec insistance, se disant, avec raison, que nos têtes leur sont inconnues. C’est peut-être là que se trouve le marché artisanal dont on m’avait parlé. Sortis de là, nous montons des escaliers pour franchir le pont piéton qui traverse l’autoroute, puis redescendons de l’autre côté où stationnent de nombreux bus en partance pour le centre ville de Lima.  De là, nous empruntons une petit route goudronnée parallèle qui se finit à quelques mètres plus loin dans le sable. Nous sommes en plein coeur d’un bidonville. Nous arrivons devant un grillage enfoncé, qui marque les limites d’une zone communautaire dont les extrémités sont attachées à des poteaux de bois par un cadenas.

Je commençais vraiment à me demander ce qu’il en était du marché artisanal lorsque des roulements de tambours d’une dizaine d’hommes et femmes se font retentir et m’arrachent à mes pensées. On est attendus. Un homme, trapu, s’impose de tout son poids derrière le grillage, arborant des peintures graphiques étranges sur son visage. Je remarque qu’il porte des bracelets de noix séchées à chaque cheville.

Il nous salue et nous ouvre la voie de son quartier. On semble être les bienvenus. Une vingtaine d’enfants suivent le pas. Mais, où va t-on ? On marche ainsi ensemble une dizaine de mètres sur la terre battue jusqu’à une plate-forme goudronnée. C’est la cour de l’école. Des rafraîchissements nous attendent en signe de bienvenue. Les quelques rayons de soleil, transperçant par alternance l’épais nuage gris, me cuisent la peau.

On est le 24 juin. J’apprend que le 24 juin, c’est la Fête de Saint-Jean, une fête très importante pour les communautés d’Amazonie. Saint-Jean était le patron de la forêt amazonienne. Garant de la biodiversité et de l’eau, il aurait bénit les cours d’eau. Dès la veille, les gens préparent de nombreux plats typiques dont le Juane (un mélange de riz, d’oeuf, d’olives, coriandre et poulet cuit dans des feuilles de bananiers) et prennent, en famille, la direction des fleuves pour s’y purifier au son des chants et orquestres.

Ému, l’homme trapu aux bracelets de noix séchées, d’une cinquantaine d’années dont le temps n’a laissé que les traces de son sourire omniprésent, met fin au petit déjeuner de bienvenue. C’est le chef de la communauté Shipibo. Il nous exprime à nouveau sa joie de nous recevoir et entonne avec sa cousine une chanson typique de leur communauté nous faisant franchir les barrières de ce bidonville vers le coeur de l’Amazonie. Les notes s’envolent dans cette petite cour d’école où nous sommes tous attroupés.

J’imagine leur cadre de vie et les rituels de cet ailleurs, oubliant définitivement le marché artisanal. Qu’est-ce qui aurait-pu pousser cette communauté à quitter la tranquillité d’une forêt tropicale où tout s’autossufit pour se retrouver dans un brou-haha incessant d’un quartier surpeuplé ?

Le Chef nous fait entrer dans la salle de classe. Il s’installe face à l’assemblée, racle sa gorge, nous raconte ce que toute l’assistance attend. La communauté Shipibo appartient à une communauté linguistique dénommée Pano, qui elle-même rassemble plus de 30 ethnies dans l’Amazonie péruvienne. La majorité vit dans la région de Ucayali dans la partie Est du Pérou, au bord d’une rivière.

« Et alors … » Le chef entama, nostalgique, les raisons du départ de leur terre natale.

« Et alors, …. nous partîmes ». Le Sentier Lumineux, groupe terroriste (qui a sévit au Pérou pendant près de 20 ans entre les années 80 et 2000) matraquait des milliers de gens des campagnes, des montagnes et des contrées de la forêt amazonienne. Aussi, l’envie de faire des études, de devenir maître d’école ou bien ingénieur était forte. « On était jeunes et tout cela était une tentation. Nous sommes partis sans mesurer les conséquences pour la préservation de notre culture. Nous sommes partis, embarquant femmes et enfants. Nous sommes arrivés en masse à Lima, la capitale. Aujourd’hui on est plus de 200 familles vivant à Cantagallo, sur ces terres reléguées de Lima ». La communauté se bat au quotidien pour faire valoir leurs droits, ses savoirs-faire et sa culture. Sur ces mots, le Chef invite à faire ensemble la fête avec autant de ferveur que celle qui se déroule actuellement de toutes parts en Amazonie.

Au rythme du tambour, on nous invite tout naturellement à danser. Les vibrations nous pénètrent tout entier. Alors, on danse, on chante. Ensemble. Il n’y plus de frontières, de grillages ni de barrières, réduits à de simples humains, heureux d’être ici et là.

On déambule ainsi dans le quartier découvrant des maisons faites de plaques de bois dont les habitants de ce quartier informel ne disposent ni d’eau ni d’électricité courantes. Certains murs de bois sont revêtus de peintures rappelant leurs milieux de vie et savoirs ancestraux de la forêt (selva). Leur vie tourne autour de la croyance que tout ce qui existe est unité et donc que la relation ciel-terre doit être harmonisée pour vivre en paix et en pleine santé. Les membres de la communauté disposent d’une connaissance très pointue de la nature notamment des plantes médicinales.

Aux portes de certaines « cabanes », on aperçoit des femmes tissant dans la pénombre de magnifiques toiles. Les dessins s’apparentent à des labyrinthes qui représentent leurs croyances. Chez la communauté Shipibo, tout ce qui existe a une âme. Par défaut, tout ce qu’on fait exister doit être aussi fait avec intention.

Le tour du quartier s’achève. Les femmes et hommes s’affairent autour de deux réchauds dont part une fumée odorante nous ouvrant l’appétit. On nous sert en l’occasion de la Fête de Saint-Jean, le fameux Juane, accompagné de boulettes de bananes savoureuses, cuites dans de la graisse de porc.

Le temps semble s’être arrêté dans ce recoin de Lima, où chacun profite simplement de l’instant présent. Au fond, ne pas avoir de détails peut nous réserver de belles surprises …

>> Par ici pour visionner la vidéo en vivo de cette journée >>>  https://www.youtube.com/watch?v=8AIeiIrreSU&feature=em-upload_owner

Une ballade (extra)ordinaire à Barranco

C’est le matin. C’est l’été. Je le sais. Des rayons de soleil passent au travers des rideaux épais de ma chambre, caressant les draps blancs d’un léger voile lumineux. Le soleil viendra ainsi réveiller, tour à tour, les habitants de Lima, cette ville endormie depuis tant de mois par la nébuleuse grise de l’hiver. Ici, le soleil est souvent perdant. Mais, quand il fait surface, il emporte tout. Il m’emporte.

Je sens l’odeur des tartines grillées depuis ma chambre. Après quelques timides étirements, je me lève. Du haut de ma chaise, accoudée à une table de bar en bois, je contemple la lumière froide de ce matin d’été. J’étale le beurre avec une attention inégalée sur mes tartines croustillantes et savoure les craquements du pain contre mes dents. Je laisse le beurre fondre dans ma bouche, déposant un délicieux enduit dont mes papilles se ravissent. Cela me ramène aux doux matins de ma petite France. Quel plaisir de recréer la saveur de mon pays après  déjà quelques années passées à l’étranger. Je croque dans une autre tartine, portant à présent une large empreinte dentaire. La bouche pleine, j’admire l’océan et le rythme étonnamment régulier des vagues qui ne s’épuise jamais. C’est ce même océan qui m’attrait. Mon petit déjeuner délecté, je me lève de ma chaise haute. Atterrie. Dehors. Baskets au pied.

Encore engourdie, je pose un pied devant l’autre. Il est 8h. A l’instinct, mes chevilles pivotent à 90°. Elles donnent le cap, moi je suis en pilote automatique. Je me retrouve alors dans cette rue. Des cèdres se déploient de toute leur splendeur, y projetant sur le sol ombragé quelques touches de lumière blanche. Je me dirige dans les rues du centre de Barranco.

Il fait bon. Je suis charmée par cette douceur ambiante. Les rues sont paisibles. Pas un bruit venant polluer cette atmosphère. Seuls les oiseaux conversent à tout rompre.

Les façades réfléchissent des couleurs intenses. Je me plais à les appeler les maisons du soleil.

Du rouge, du vert, du jaune, du rose, du bleu, les couleurs explosent aux pupilles comme des tâches de peinture étalées sur la palette d’un artiste. Elles embaument la vie. Une vie haute-en-couleur, contagieuse, dont les teintes mutent de maison en maison à mesure qu’elles se transmettent.

Je reprends ma route avec l’incroyable sensation que ces couleurs me font du bien, me nourrissent de l’intérieur et donnent l’énergie nécessaire dont mon corps avait besoin pour se réveiller. Je reprend possession peu à peu de mes jambes, délaissant le pilotage automatique. Je me stoppe. Encore des couleurs. Des couleurs projetées cette fois-ci. Dans mon quartier, il y a les maisons du soleil et il y a des fresques artistiques.

Ca parle d’Amour souvent, d’Histoire(s) parfois, de bonnes vibrations toujours, à qui sait les entrevoir.

Mon quartier c’est celui d’une vie suspendue dans le temps, d’une vie bohème où chaque instant s’étire à l’infini. J’aime y fouler le sol, en baskets, la tête dans les nuages. Chaque ballade est singulière et le fruit d’une découverte inédite.

Et vous petits lecteurs, prenez-vous le temps de redécouvrir votre quartier ?

Portrait de Jesus, un mexicain de 30 ans

Jesus a 30 ans. Jesus se consacre à 36 activités en même temps. Enfin : en prend deux une semaine sur deux, et les réalise toutes les 36 semaines. Jesus étudie. Jesus travaille. Jesus travaille comme technicien de nuit sur les évènements musicaux. Jesus est aussi bénévole. Il est bénévole au sein d’une association et distribue des repas à des personnes sans ressources, délogées pour de grands projets de construction. Jesus fait du sport. Jesus fait de la boxe et de la salsa. Il enchaîne ses journées par des soirées quotidiennes entre copains, dort trois ou quatre heures par nuit et essaie de se motiver pour faire un footing au petit matin. Jesus vit toujours chez ses parents. Jesus, comme beaucoup de mexicains, a du mal à quitter le cocon familial, même si les finances le lui permettraient. Il a trouvé une collocation, avouant que cela serait peut-être plus correct vis-à-vis de ses parents pour y rentrer éméché de temps en temps. Et donc, ahorita (de suite), il va emménager. Mais, ahorita, c’est la semaine prochaine, celle d’après, dans deux mois ou peut-être que c’était hier mais qu’il ne s’en souvient pas.